Mgr Joseph Roduit, l’Abbé territorial de Saint-Maurice, s’est exprimé à Caux cet après-midi sur «Le rôle des communautés de valeurs au XXIème siècle» - et une «globalisation de la solidarité». Le chef de cette abbaye historique, voué sans discontinuer à la prière depuis presque 15 siècles, «ce lieu fondé sur le témoignage de soldats égyptiens venus mourir martyrs de leur foi chrétienne à la fin du troisième siècle», a aussi parlé de l’impact des médias et de la surcharge de nouvelles qui pèse sur les personnes et, paradoxalement empêche la communication.
Mgr Roduit a souligné que ce que nous lisons et entendons chaque jour, ce n’est pas la réalité. «C’est ce qu’on met en évidence. Notre monde se nourrit davantage de mauvaises nouvelles que de bonnes nouvelles.» Il a poursuivi: «L’information commence vraiment quand je suis touché par l’évènement et que je peux agir ou réagir. Combien de personnes entendent tous les jours le récit d’actes terroristes et se sentent complètement démunis voire culpabilisés. Je pense que l’information doit nous aider à agir chacun selon ses possibilités et non subir par fatalisme.»
Mgr Roduit a cité le proverbe: «Dans la forêt, un arbre qui craque fait beaucoup plus de bruit que toute la forêt qui pousse.» Le journaliste a le droit de diffuser le bruit de l’arbre qui craque, mais «nous ne devons pas oublier toute la forêt qui pousse». «Nous devons être beaucoup plus attentifs à tout ce qui se vit dans le silence de nos vies, au sein même de nos familles, de nos milieux de vie, de nos communautés.» Il a appelé à «une réflexion sur les conséquences du progrès, sur la finalité des inventions», à considérer non seulement le quantifiable mais le qualifiable de la vie. «Tout ne s'exprime pas en chiffres et en pourcentages. Toutes les valeurs n’entrent pas dans l'ordinateur. Tout ne se calcule pas de la même manière. Quel est le prix d’un sourire? Le prix de la joie?» Il est important, au-delà des signes, de lire le signifié, selon Mgr Roduit.
C’est toute la dimension artistique, culturelle, symbolique de la formation humaine. «Un facteur important de la constitution d’une communauté, c’est d’avoir une visée commune, des objectifs communs.» Pour Mgr Roduit, la communauté idéale n’existe pas en soi, il faut la créer. Il a souligné l’importance du pardon:«Au supermarché de l’amour d’aujourd’hui, on ne trouve plus cette notion du don qui va jusqu’au pardon.» Un autre aspect de la vie communautaire, selon lui, est la notion de temps. Un africain disait un jour: «En Europe, vous avez des montres, nous en Afrique nous avons le temps,» et il a cité encore le proverbe: «Quand Dieu a fait le temps, il en a fait assez»!
Pour l’abbé de Saint-Maurice, chacun a un parcours de vie à accomplir, et chaque société a un rôle à jouer dans notre monde. « C’est l’heure d’une meilleure découverte de l’autre non pas comme un ennemi potentiel ou un concurrent, mais bien comme une personne à rencontrer, un monde à découvrir. Toute l’humanité a un pèlerinage à accomplir à l’intérieur de soi-même. Le long pèlerinage de la tête jusqu'au cœur. De la tête qui pense jusqu’au cœur qui aime. » Cette conférence publique s’est déroulée dans le cadre d’une session intitulée « Au service de la communauté : valeurs, responsabilité et leadership » (5-11 juillet), largement animée par des jeunes professionnels de l’Europe de l’Est. Les conférences de Caux continuent jusqu’au 19 août.
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